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Produits protéinés : l’arnaque nutritionnelle

Produits enrichis, prix gonflés, additifs cachés : le marché du « High Protein » prospère sur un besoin que la plupart des Français n'ont tout simplement pas.

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Des pâtes taguées « High Protein », un soda aux protéines de pois, des mini-saucissons « Protéines Boost »… Depuis quelques années, le nutriment star colonise les emballages et les gammes de distributeurs. Carrefour, E.Leclerc, U, Auchan : tous ont lancé leur ligne protéinée, déclinée en yaourts, pain de mie, crèmes dessert ou barres de sport. Le marché est en plein essor. Les besoins réels, eux, sont une autre histoire.

Les Français mangent déjà deux fois trop de protéines

Le premier enseignement est celui des chiffres. En France, l’apport moyen en protéines atteint 1,3 g par kilo de poids corporel et par jour. Or la référence officielle pour un adulte en bonne santé est fixée à 0,83 g, soit environ 58 g par jour pour une personne de 70 kg. Le besoin physiologique réel tourne en moyenne autour de 0,66 g/kg selon François Mariotti, professeur de nutrition à AgroParisTech : la norme intègre une marge de sécurité considérable, ce qui signifie que les Français consomment en pratique deux fois plus de protéines que nécessaire.

La plus récente version du Programme national nutrition santé (PNNS 5) tire la même conclusion. Elle fixe comme priorité non pas de consommer davantage de protéines, mais d’en varier les sources, en allant notamment vers les légumes secs au moins deux fois par semaine. Un message qui prône le retour aux aliments bruts et prend à contre-pied l’ensemble des rayons des supermarchés.

Pourquoi les protéines restent indispensables

Cela ne signifie pas pour autant que les protéines méritent d’être négligées. Elles sont, au sens propre, les bâtisseuses de l’organisme. Contrairement aux glucides et aux lipides, que le corps sait stocker et mobiliser selon ses besoins, les protéines ne peuvent pas être mises en réserve : elles doivent être fournies quotidiennement par l’alimentation.

Lors de la digestion, elles sont décomposées en acides aminés, ces briques élémentaires que les cellules utilisent ensuite pour fabriquer les protéines dont le corps a besoin : fibres musculaires, enzymes, anticorps, hormones. L’organisme utilise en tout 20 acides aminés, dont il peut synthétiser 11 lui-même. Les neuf restants, dits essentiels, doivent impérativement être apportés par l’assiette, via la viande, le poisson, les oeufs, les fromages, les céréales ou les légumineuses.

Protéines animales, protéines végétales : comment bien les combiner

Les protéines animales ont l’avantage de contenir l’ensemble des acides aminés essentiels. Du côté végétal, seuls le soja, le quinoa, le sarrasin, l’amarante et la spiruline offrent ce profil complet. Les céréales manquent de lysine, cruciale pour la croissance osseuse ; les légumineuses manquent de méthionine, essentielle pour la peau et les cheveux. Mais cette complémentarité se gère facilement : un mélange riz-lentilles, du pain avec du houmous, ou toute autre association céréale-légumineuse permet de couvrir l’ensemble des besoins. Ce ne sont d’ailleurs pas des inventions modernes, mais les fondements des cuisines traditionnelles de la plupart des pays du monde.

Sur le plan de la santé à long terme, les arguments penchent vers le végétal. Une méta-analyse de la Harvard Medical School publiée en 2024, conduite sur trente ans, établit qu’une part plus importante de protéines végétales dans l’alimentation réduit les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires. Il n’est pas pour autant nécessaire de bannir les protéines animales : privilégier la volaille et le poisson plutôt que la charcuterie ou la viande rouge suffit à limiter les risques liés aux graisses saturées et au sel.

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Les céréales complètes méritent également la préférence. En conservant l’enveloppe et le germe du grain, elles apportent de 10 à 20 % de protéines supplémentaires par rapport aux versions raffinées, tout en préservant la lysine et les fibres qu’éliminent la mouture industrielle du pain blanc ou des pâtes classiques.

Ce que les nutritionnistes soulignent dépasse toutefois la simple comptabilité des acides aminés. Focaliser l’attention sur un nutriment isolé de son aliment d’origine est précisément ce que le marketing alimentaire exploite. Choisir des lentilles, c’est manger des protéines avec des fibres et des antioxydants. Choisir une source animale, c’est aussi ingérer du fer héminique, mais parfois des graisses saturées ou du sel. Boire un soda protéiné, c’est ingérer surtout du sucre, du sirop de glucose et des additifs. Le nutriment ne vaut pas l’aliment.

Personnes âgées, sportifs : ceux qui ont de vrais besoins supplémentaires

Si la population générale consomme déjà trop de protéines, certains profils ont effectivement des besoins majorés.

Avec l’âge, le corps perd en efficacité pour synthétiser le muscle. Pour prévenir la fonte musculaire et préserver l’autonomie, l’Anses recommande de viser entre 1 g et 1,2 g de protéines par kilo de poids corporel par jour, soit sensiblement plus que la norme adulte. L’appétit diminuant souvent avec l’âge, il faut miser sur la densité nutritionnelle : un oeuf ou un laitage à chaque repas constitue une protection efficace contre la sarcopénie. Les femmes ménopausées sont également concernées : l’étude de référence Framingham Offspring a montré que celles ayant les apports en protéines les plus élevés présentaient une densité minérale osseuse supérieure et moins de risques de fracture de la hanche.

Pour les sportifs réguliers (au moins une séance tous les deux jours), les besoins sont accrus, entre 1,2 g et 1,7 g par kilo de poids corporel. Ces besoins restent pourtant presque toujours couverts par une alimentation équilibrée : les nutritionnistes du sport ne constatent pas de déficit dans cette population. Ce qui change en revanche, c’est le moment de consommation. Lors d’un effort intense, les fibres musculaires subissent des microdéchirures ; la phase de récupération mobilise les acides aminés pour les reconstruire. Consommer des protéines dans le quart d’heure qui suit l’effort améliore l’assimilation et accélère la réparation musculaire.

Trop de protéines : le vrai danger n’est pas celui qu’on croit

Le risque rénal est fréquemment invoqué. Il est en réalité très limité : chez une personne en bonne santé, aucune étude n’a démontré qu’un apport élevé en protéines endommageait les fonctions rénales. La nuance concerne les personnes souffrant d’une fragilité rénale, souvent silencieuse et non diagnostiquée : chez elles, un excès de protéines peut accélérer la dégradation de l’organe.

Le véritable risque pour la population générale est nutritionnel. À force de se focaliser sur les protéines, l’assiette finit par se déséquilibrer au détriment d’autres nutriments essentiels : fibres, vitamines, bonnes graisses. Un excès de protéines, notamment sous forme de poudres mal assimilées, génère également un signal d’alarme physiologique. Les protéines non digérées dans l’intestin grêle arrivent intactes dans le côlon, où les bactéries les fermentent en composés soufrés, dont le sulfure d’hydrogène à l’odeur d’oeuf pourri. Au-delà de l’inconfort social, ces émanations sont toxiques pour la paroi intestinale à long terme.

Produits « High Protein » : le décryptage qui dérange

C’est là que le marketing révèle sa mécanique. L’argument « riche en protéines » imprimé en gros sur un emballage offre une caution santé à des produits qui n’en ont parfois aucune.

Les mini-saucissons « Protéines Boost » de Justin Bridou affichent 41 % de protéines. La charcuterie en est naturellement riche : l’argument ne dit rien de sa teneur en graisses saturées ni du fait que le sel figure en deuxième position dans la liste des ingrédients. Les céréales Chocapic ont décliné une version protéinée à 13,4 g pour 100 g, contre 8,5 g pour la version standard. Mais un enfant de 30 kg couvre ses besoins journaliers en protéines (27 g) avec un steak et un bol de lait. Le surplus de protéines ne compense pas les 19,9 g de sucre aux 100 g ni les nombreux marqueurs d’ultratransformation qui subsistent.

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La forme sous laquelle les protéines sont ajoutées est tout aussi révélatrice. L’incorporation d’une farine de lentilles ou de pois chiches dans des pâtes présente un intérêt nutritionnel réel. En revanche, l’utilisation d’isolats de soja, de pois ou de lait en poudre, comme dans la gamme HiPRO de Danone, s’accompagne d’une liste d’additifs qui cumule jusqu’à dix marqueurs d’ultratransformation.

Le surcoût, lui, est systématique. Le Babybel « protéiné » se vend au même prix que la version standard, mais compte 5 fromages au lieu de 6, soit une hausse de 20 % du prix à l’unité pour un gain de 0,2 g de protéines par portion. Le Skyr, vendu 6,50 €/kg contre 2,50 €/kg pour le fromage blanc, n’apporte pourtant qu’un léger avantage protéique (10 % contre 7 %). Une différence que l’égoutage d’un fromage blanc ordinaire efface, pour une fraction du prix.

La conclusion des spécialistes est sans appel : une alimentation variée, construite autour d’aliments bruts et d’associations légumineuses-céréales, couvre les besoins protéiques de l’immense majorité des Français sans qu’il soit nécessaire d’acheter le moindre produit enrichi. La protéine n’est pas un nutriment magique. L’assiette, elle, l’a toujours su.



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