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Qui possède vraiment La Vache qui rit ?

Qui possède La Vache qui rit ? Derrière Bel, les familles Fiévet, Sauvin et Dufort contrôlent Unibel, après la sortie de Lactalis et de la Bourse.

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Longtemps actionnaire de Bel, Lactalis en est sorti en échange de Leerdammer. Les familles Fiévet, Sauvin et Dufort ont ensuite scellé leur réconciliation, avant de retirer Unibel de la Bourse le 24 juin 2025. Elles contrôlent désormais une entreprise qui a réalisé 3,83 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, tout en réservant une part croissante de son capital aux salariés.

De la marque au contrôle familial

La Vache qui rit appartient à Bel SA, la société française qui commercialise également Kiri, Mini Babybel, Boursin, Pom’Potes et GoGo squeeZ. Le groupe classe le fromage fondu parmi ses « marques cœur », celles sur lesquelles il concentre ses investissements commerciaux et industriels.

Cette propriété remonte au 16 avril 1921. Léon Bel dépose alors deux marques françaises correspondant à La Vache qui rit. Il fonde l’année suivante la Société anonyme des Fromageries Bel afin de produire et de commercialiser son fromage fondu en portions.

Plus d’un siècle après ce dépôt, Bel détient et exploite la marque à l’échelle internationale. Identifier la société propriétaire ne suffit toutefois pas à localiser le pouvoir. Bel appartient principalement à Unibel, une holding, c’est-à-dire une société dont la fonction centrale consiste à détenir et à contrôler des participations.

Unibel fixe les orientations de long terme de Bel. Le conseil d’administration de la société opérationnelle examine ensuite les décisions industrielles, économiques, financières, sociales et environnementales qui en découlent.

La dernière répartition exhaustive du capital, arrêtée au 31 décembre 2025, attribuait à Unibel 92,71% des actions de Bel et 94,53% des droits de vote exerçables en assemblée générale. Les membres du groupe familial fondateur possédaient directement 4,05% supplémentaires. Les autres porteurs et les salariés associés au programme We Share détenaient 2,31%, tandis que Bel conservait 0,93% de ses propres actions, une situation appelée autodétention.

En additionnant ses participations directes et celles logées dans Unibel, le groupe familial fondateur contrôlait 96,76% du capital et 98,78% des droits de vote exerçables. Ces chiffres décrivent la situation à la clôture de 2025. Une augmentation de capital réalisée cinq mois plus tard a accru le nombre d’actions et légèrement modifié cette répartition, sans déplacer le centre de décision.

Ce centre se trouve parmi les descendants de la famille fondatrice, répartis entre les branches Fiévet, Sauvin et Dufort. Depuis le 16 décembre 2024, celles-ci forment un « concert », au sens du droit boursier : elles coordonnent leur politique à l’égard d’Unibel et exercent ensemble leurs droits de vote. Lors de la constitution de ce concert, ses membres déclaraient détenir 98,52% du capital et 93,54% des droits de vote théoriques d’Unibel.

Le contrôle prend ainsi une forme collective. Antoine Fiévet, président du conseil d’administration de Bel, demeure la figure publique la plus visible de la famille. Ses fonctions ne résument pourtant pas la propriété du groupe, répartie entre plusieurs descendants, leurs sociétés patrimoniales et les entités signataires du pacte.

L’organigramme contient aussi une participation croisée. Sofico, filiale à 100% de Bel, détient 196 350 actions d’Unibel, la holding qui contrôle sa propre maison mère. Au 30 juin 2026, ces titres étaient valorisés à 231,7 millions d’euros, sur la base du prix de 1 180 euros retenu lors du retrait d’Unibel de la Bourse.

Ces actions relèvent de l’autocontrôle : une société du groupe détient indirectement une fraction de l’entité qui la dirige. Les droits de vote attachés à ce type de participation sont neutralisés dans les conditions prévues par le droit des sociétés. Cette boucle ne crée donc aucun pouvoir concurrent de celui des familles.

La chaîne de propriété compte finalement trois étages. Bel possède et exploite La Vache qui rit. Unibel contrôle Bel et fixe ses orientations de long terme. Les Fiévet, les Sauvin et les Dufort contrôlent Unibel par leurs participations, leurs sociétés familiales et leur pacte d’actionnaires.

Ces niveaux distinguent aussi deux réalités. Bel détient juridiquement la marque et assume son exploitation industrielle. Les héritiers contrôlent les sociétés qui décident de son avenir. Le mot « propriétaire » désigne la première fonction ; le pouvoir capitalistique remonte jusqu’aux trois branches familiales.

721 289 titres pour We Share

La répartition du capital a évolué le 27 mai 2026. Bel a émis 721 289 actions pour We Share, son programme mondial d’actionnariat salarié. Le nombre total de titres est passé de 80 910 205 au début de l’année à 81 631 494 au 30 juin.

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Bel avait lancé ce programme en 2024 en France, aux États-Unis et au Canada. Le groupe l’a étendu l’année suivante à la Chine, au Maroc et à plusieurs pays européens. En 2026, de nouveaux salariés ont pu y souscrire, notamment en Espagne, au Portugal et en Turquie.

Les employés acquièrent des actions avec une décote accordée sous la forme de bons de souscription, des titres qui donnent le droit d’obtenir une action selon des conditions fixées à l’avance. Une première opération avait entraîné l’émission de 785 142 actions en 2025. Celle de 2026 a augmenté le capital de 72 128,90 euros et dégagé une prime d’émission, somme versée au-delà de la valeur nominale des titres, de 21,1 millions d’euros.

Les salariés détiennent ainsi une fraction effective de Bel. Leur présence interdit d’assimiler le contrôle familial à une propriété intégrale du capital. Leur poids reste toutefois très inférieur à celui des héritiers, qui exerçaient directement ou par l’intermédiaire d’Unibel 98,78% des droits de vote disponibles à la fin de 2025.

Bel n’a pas publié de nouvelle ventilation exhaustive après l’émission de mai 2026. Les parts de 92,71% pour Unibel et de 96,76% pour le groupe familial doivent donc être rapportées au 31 décembre 2025. Un calcul appliqué au nouveau total d’actions ignorerait les mouvements qui ont pu intervenir depuis dans chaque catégorie.

Au 30 juin 2026, Bel détenait par ailleurs 675 130 de ses propres titres. La société en avait racheté 152 764 pendant le semestre et livré 229 485 aux bénéficiaires d’un plan d’attribution arrivé à échéance.

Cette évolution révèle une ouverture sélective. Les héritiers ont supprimé l’accès boursier au capital de contrôle, tandis que Bel accueille ses salariés selon des modalités décidées par le groupe. Le cercle des propriétaires s’élargit ainsi sans entraîner de transfert du pouvoir.

La paix des héritiers

Cette maîtrise collective résulte d’une réconciliation récente. Pendant plus de vingt ans, les familles actionnaires se sont opposées sur la gouvernance, la valeur de leurs titres et les conditions auxquelles un héritier pouvait céder sa participation. Les Fiévet et les Sauvin étaient liés par un pacte conclu en 2013, alors que la branche Dufort contestait sa place dans le dispositif.

La dispersion du capital vient des successions. Robert Fiévet, gendre de Léon Bel, rejoint la direction de l’entreprise à la fin des années 1930. Nommé directeur général en 1937, il accompagne son expansion internationale et reste à sa tête jusqu’en 1996. Ses descendants héritent ensuite de participations réparties entre plusieurs branches.

Chaque génération augmente le nombre d’actionnaires familiaux. Certains souhaitent conserver leurs titres et transmettre l’entreprise ; d’autres peuvent chercher à dégager des liquidités. Les pactes d’actionnaires encadrent ces mouvements en organisant les votes, les ventes de titres et les droits reconnus à chaque branche.

Les tensions atteignent les tribunaux après le retrait de Bel de la Bourse. Une société liée à la famille Dufort conteste l’opération et la valorisation appliquée aux actionnaires minoritaires. La cour d’appel de Paris rejette son recours le 12 mai 2022.

Le 16 décembre 2024, les trois branches annoncent avoir mis fin à leurs différends. Les Fiévet, les Sauvin et les Dufort signent un nouveau pacte et coordonnent désormais leurs décisions au sein du même concert. Ils entendent ainsi préserver le caractère familial de Bel, assurer la stabilité de son contrôle et préparer sa transmission aux générations suivantes.

Le pacte court initialement jusqu’au 30 juin 2031 et peut être renouvelé par périodes de cinq ans. Il encadre la circulation des actions Unibel et soumet leur transfert à plusieurs restrictions, notamment lorsque l’acquéreur potentiel exerce une activité concurrente de celle de Bel.

La réconciliation entraîne aussitôt une opération boursière. Les participations réunies au sein du concert franchissent les seuils qui imposent une offre sur les titres restants. Le Comptoir Général des Fromagers Français, société contrôlée par les trois familles, dépose alors une offre publique d’achat simplifiée, une procédure qui donne à un actionnaire dominant la possibilité d’offrir un prix uniforme aux autres porteurs d’Unibel.

Les familles avaient annoncé un prix de 980 euros par action en décembre 2024. Elles le relèvent à 1 180 euros en mars 2025. L’Autorité des marchés financiers, chargée de protéger l’épargne investie et de contrôler les opérations sur les sociétés cotées, déclare l’offre conforme le 23 mai.

Au terme de l’opération, le concert détient 99,22% du capital d’Unibel. Les 18 104 actions restantes, représentant 0,78% du capital, font l’objet d’un retrait obligatoire : elles sont transférées à l’actionnaire dominant contre une indemnisation fixée aux conditions de l’offre. Les porteurs reçoivent 1 180 euros par titre.

Euronext radie Unibel de son marché parisien le 24 juin 2025. La réconciliation familiale a ainsi réuni les participations autrefois divisées, déclenché le rachat des derniers titres extérieurs et supprimé le dernier accès boursier à la holding qui contrôle La Vache qui rit.

L’échange Leerdammer-Lactalis

Le soin apporté à cette fermeture s’explique en partie par l’histoire de Lactalis. Le groupe laitier contrôlé par la famille Besnier a longtemps détenu une importante participation minoritaire dans Bel. Après avoir quitté le capital d’Unibel en 2005, il conservait près du quart de la société opérationnelle.

Cette présence alimentait les spéculations lorsque les héritiers se déchiraient. La cession des titres d’une branche aurait pu accroître le poids de Lactalis. Son concurrent ne siégeait cependant dans aucune instance de gouvernance de Bel ou d’Unibel.

Les deux groupes dénouent leurs liens en 2021 par un échange d’actifs. Bel transfère à Lactalis la marque Leerdammer et ses droits, ainsi que Royal Bel Leerdammer aux Pays-Bas, Bel Italia, Bel Deutschland et Bel Shostka Ukraine. Lactalis remet en contrepartie 1 591 472 actions Bel, soit 23,16% du capital.

Lactalis intègre ainsi Leerdammer à son portefeuille, avec deux sites de production aux Pays-Bas et une implantation industrielle dans ce pays. Bel récupère presque toute la participation que son concurrent détenait dans son capital.

La transaction est exécutée le 30 septembre 2021, après l’autorisation de la Commission européenne au titre du contrôle des concentrations. Lactalis conserve alors 0,90% de Bel.

Cette participation résiduelle disparaît lors de l’opération suivante. À l’automne 2021, Unibel lance une offre publique de retrait sur les actions Bel encore détenues par des minoritaires. Ce type d’offre donne aux actionnaires dominants les moyens de racheter les titres restants avant de retirer la société de la cote.

L’offre se déroule du 24 décembre 2021 au 10 janvier 2022, au prix de 550 euros par action. Les 177 795 titres qui n’y sont pas apportés sont transférés dans le cadre d’un retrait obligatoire le 25 janvier. Euronext radie Bel le même jour.

Depuis cette opération, Lactalis ne possède plus d’actions Bel ni de droits sur La Vache qui rit. Le groupe de la famille Besnier détient Leerdammer, reçu lors de l’échange de septembre 2021. Le passage simultané d’une marque vers Lactalis et des actions vers Bel explique la confusion encore entretenue entre les deux groupes.

L’échange a surtout modifié le rapport de forces. En récupérant 23,16% de son capital, Bel a fait disparaître son principal actionnaire extérieur. Le retrait de janvier 2022 a absorbé les dernières participations minoritaires. La radiation d’Unibel, trois ans plus tard, a fermé l’étage supérieur de la chaîne de contrôle.

Trois étages de décision

La concentration des actions ne confie pas toutes les décisions à la même personne. Antoine Fiévet, représentant de la cinquième génération familiale, préside le conseil d’administration de Bel. Cécile Béliot exerce la direction générale depuis mai 2022.

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Antoine Fiévet avait auparavant cumulé la présidence du conseil et la direction générale. Leur dissociation lui a laissé la conduite des travaux du conseil et la représentation de la continuité familiale. Cécile Béliot pilote les activités, répartit les moyens et exécute les orientations stratégiques.

Unibel intervient en amont de ces fonctions. La holding détermine la vision de long terme. Le conseil de Bel examine les principales décisions et contrôle leur application. La direction générale conduit l’entreprise dans le cadre ainsi défini.

Le conseil comprend également Florian Sauvin, membre d’une autre branche familiale, plusieurs administrateurs indépendants et Paulo Dos Santos, qui représente les salariés. Les héritiers y conservent une présence directe, complétée par des membres sans lien avec la famille actionnaire.

La position publique d’Antoine Fiévet correspond donc à une présidence et à une place au sein du concert familial. Les droits de propriété restent répartis entre les héritiers, leurs sociétés patrimoniales, Unibel, les salariés actionnaires et Bel au titre de l’autodétention.

Les familles gardent la main sur le capital et les décisions de long terme. Cécile Béliot assume l’exécution, la performance et la transformation du portefeuille. Posséder, contrôler, présider et diriger désignent ainsi quatre fonctions réparties entre plusieurs acteurs.

Un groupe à 3,83 milliards d’euros

La fermeture du capital protège un groupe dont l’activité dépasse désormais le fromage fondu. Bel a réalisé 3,83 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec une croissance organique de 4,7%, calculée en neutralisant les variations de devises et les changements de périmètre. Son résultat opérationnel courant, qui mesure le profit tiré de l’activité avant les éléments exceptionnels, a atteint 260,2 millions d’euros. Le résultat net part du groupe s’est élevé à 106,8 millions d’euros, contre 53 millions d’euros en 2024.

Les comptes du premier semestre 2026 prolongent cette progression. Bel a enregistré 1,8766 milliard d’euros de ventes, en hausse organique de 4,2%. La baisse de plusieurs devises face à l’euro, principalement celle du dollar, a amputé le chiffre d’affaires converti d’environ 69 millions d’euros et ramené sa croissance publiée à 0,5%.

Le résultat opérationnel courant a atteint 137,2 millions d’euros, en progression organique de 22,3%. La marge correspondante s’est établie à 7,3% du chiffre d’affaires. Le résultat net part du groupe a peu varié, à 45 millions d’euros, après 45,8 millions d’euros au premier semestre 2025.

Les marques cœur ont augmenté leurs ventes de 6,4% et leurs volumes de 5,4%. L’Amérique du Nord et l’Asie ont enregistré les progressions géographiques les plus fortes, tandis que Bel cessait de commercialiser certaines marques locales insuffisamment rentables en France.

Le lait reste le métier historique du groupe avec La Vache qui rit, Kiri, Babybel et Boursin. Les compotes Pom’Potes et GoGo squeeZ ont ajouté les fruits à son portefeuille. Bel investit aussi dans les recettes végétales et dans des produits enrichis en protéines ou en fibres.

Les familles contrôlent ainsi une entreprise mondiale qui approche 4 milliards d’euros de ventes annuelles. La sortie de la Bourse a supprimé la possibilité pour un concurrent d’acheter progressivement des titres sur un marché organisé. Depuis juin 2025, les actions d’Unibel n’y reçoivent plus de prix quotidien.

Bel continue pourtant d’accueillir de nouveaux propriétaires par l’intermédiaire de We Share. Cette ouverture suit des modalités conçues par l’entreprise et cible ses salariés. Le pacte familial organise parallèlement les votes, encadre les transferts de titres et protège leur transmission. Sa première échéance reste fixée au 30 juin 2031.



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