Montrer le sommaire Cacher le sommaire
Sous le même logo, les magasins Franprix relèvent de propriétaires et d’exploitants différents : sur 897 points de vente français recensés au 30 juin 2026, 606 étaient exploités en franchise ou en location-gérance. La famille de Moez-Alexandre Zouari, partenaire de Casino depuis plus de vingt-cinq ans, gérait une part importante de ce réseau avant la réorganisation annoncée en juin. Une nouvelle restructuration financière pourrait porter à 66,8% la participation de l’actionnaire de contrôle de Casino.
De Franprix à Daniel Křetínský
Franprix appartient au groupe Casino. Le distributeur stéphanois contrôle les sociétés qui portent l’activité de l’enseigne, définit sa stratégie et nomme ses dirigeants. Depuis la mi-janvier 2026, François Alarcon dirige Franprix et siège au comité exécutif de Casino.
La recherche du propriétaire conduit ensuite à France Retail Holdings, ou FRH, une holding, c’est-à-dire une société créée pour détenir des participations dans d’autres entreprises. Au 31 août 2026, FRH possédait 212,6 millions des 401 millions d’actions de Casino, soit 53,04% du capital. Ce niveau lui assure la majorité dans les assemblées d’actionnaires.
Son poids dans les votes dépasse encore sa part du capital. Les actions de FRH représentaient environ 69,3% des droits de vote théoriques de Casino à la même date. Cet écart vient des droits de vote doubles, accordés aux actions nominatives conservées pendant au moins deux ans par le même actionnaire.
France Retail Holdings a pris le contrôle de Casino le 27 mars 2024. L’opération a conclu une restructuration financière engagée après l’accumulation de la dette du groupe et a mis fin au pouvoir exercé pendant plus de vingt ans par Jean-Charles Naouri. Casino avait alors engagé la vente de ses hypermarchés et supermarchés français pour recentrer ses activités sur les magasins urbains et de proximité.
FRH réunissait initialement trois investisseurs. EP Equity Investment III, un véhicule d’investissement contrôlé par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, possédait 76,96% de la holding. Fimalac, la société de portefeuille de l’homme d’affaires français Marc Ladreit de Lacharrière, en détenait 15,39%. Les 7,65% restants revenaient à Trinity, une société gérée par le fonds britannique Attestor.
Trinity a cédé l’intégralité de sa participation à EP Equity Investment III le 11 février 2025, conformément à un contrat signé trois mois plus tôt. Cette transaction a porté la part du véhicule de Daniel Křetínský à environ 84,61% de France Retail Holdings. Fimalac a conservé ses 15,39%.
La gouvernance organisée lors de la création de FRH traduisait déjà ce rapport de force. EP Equity Investment III désignait cinq des six membres du conseil de gérance, l’organe chargé d’administrer la holding. Fimalac choisissait le sixième. Trinity pouvait nommer un censeur, invité aux réunions sans droit de vote.
La chaîne de contrôle suit donc cinq maillons : Franprix, Casino, France Retail Holdings, EP Equity Investment III, Daniel Křetínský. Casino détient l’activité Franprix. France Retail Holdings contrôle Casino. EP Equity Investment III domine France Retail Holdings. Daniel Křetínský contrôle ce véhicule d’investissement.
Cette architecture donne au milliardaire tchèque le contrôle ultime de Franprix. La propriété s’exerce par l’intermédiaire de sociétés successives et ne figure pas directement dans son patrimoine personnel. Les comptes consolidés de Casino désignent explicitement Daniel Křetínský comme le contrôleur ultime du groupe.
Casino reste coté sur Euronext Paris et compte d’autres actionnaires. Parmi eux, Trinity détenait encore directement 10,05% du distributeur après avoir quitté le capital de FRH en février 2025. Sa sortie de la holding a renforcé la domination de Daniel Křetínský sur l’actionnaire majoritaire sans modifier immédiatement la répartition du capital de Casino.
Le pouvoir de FRH tient désormais à la combinaison de sa majorité capitalistique et des droits de vote doubles. Avec un peu plus de la moitié des actions et plus des deux tiers des droits de vote théoriques, la holding maîtrise les résolutions soumises aux actionnaires. Les accords conclus lors de la reprise organisent également la représentation de ses investisseurs au conseil d’administration de Casino.
Ce contrôle porte sur la stratégie de Franprix, son identité commerciale, ses contrats et l’organisation de son réseau. Sa portée devient plus difficile à saisir à l’échelle d’une boutique. La société qui exploite la caisse, le propriétaire du fonds de commerce et celui des murs peuvent changer d’une adresse à l’autre.
606 magasins hors exploitation directe
Au 30 juin 2026, Franprix comptait 1 002 points de vente. Casino en classait 291 parmi les magasins intégrés en France, 606 parmi les franchises ou les locations-gérances françaises et 105 parmi les affiliés internationaux. Ces nombres proviennent de données financières estimées et non auditées du premier semestre.
À lireRecrutement : l’IA écarte des candidats avant tout regard humainLes franchises et les locations-gérances concentraient ainsi environ 67,6% des 897 magasins français. Les établissements intégrés en représentaient 32,4%. À l’échelle du réseau mondial, Casino n’exploitait directement que 29% des points de vente sous enseigne Franprix.
Un magasin intégré relève d’une société contrôlée par Casino. Cette qualification désigne l’entreprise qui conduit l’activité commerciale ; elle ne renseigne pas sur la propriété de l’immeuble, que le groupe peut louer à un bailleur extérieur.
Dans une franchise, le commerçant exploite une entreprise juridiquement indépendante. Le franchiseur lui accorde par contrat le droit d’utiliser sa marque, son concept et son savoir-faire. Le franchisé engage son capital, emploie son personnel et assume les risques de son activité tout en respectant les obligations commerciales fixées par Franprix.
La location-gérance répartit autrement la propriété. Le détenteur d’un fonds de commerce, ensemble qui comprend notamment la clientèle, le nom commercial et le droit au bail, en confie l’exploitation à un locataire-gérant. Celui-ci conduit l’activité à ses risques et verse une redevance au propriétaire du fonds.
Les murs relèvent encore d’un autre actif. Un bail commercial peut relier l’exploitant à Casino, à une société immobilière, à un investisseur ou à un particulier. Le propriétaire du local perçoit alors un loyer sans nécessairement intervenir dans l’exploitation du magasin.
Une même adresse peut ainsi associer quatre acteurs. Casino contrôle l’enseigne. Une société locale exploite le commerce. Le fonds appartient à cette société ou à un loueur. Un propriétaire immobilier détient les murs.
Les publications de Casino regroupent les franchises et les locations-gérances dans une catégorie unique. Elles ne précisent ni leur ventilation respective ni la répartition des 291 magasins intégrés entre locaux détenus et locaux loués. La propriété complète du réseau ne peut donc être reconstituée qu’en examinant chaque point de vente.
Le parc récent confirme la progression des formes d’exploitation extérieures au groupe. À la fin de 2024, Franprix comptait 1 054 points de vente, dont 306 magasins intégrés en France. Au 30 juin 2026, le réseau avait perdu 52 adresses et 15 unités intégrées.
Franprix a ouvert 21 magasins et en a fermé 18 pendant le premier semestre 2026. Dans le même temps, l’enseigne a transféré trois établissements intégrés vers la franchise ou la location-gérance. Casino réduit ainsi les capitaux affectés à l’exploitation quotidienne, tout en conservant la maîtrise de la marque et des contrats qui relient les commerçants au réseau.
Daniel Křetínský contrôle donc l’entreprise qui organise Franprix. La majorité des magasins français sont exploités par des entrepreneurs distincts de Casino. Parmi eux, la famille Zouari occupe une place singulière par la taille de son parc et par ses liens capitalistiques avec l’enseigne.
Le poids de la famille Zouari
Moez-Alexandre Zouari et sa famille travaillent avec Casino depuis plus de vingt-cinq ans. Ils ont développé des magasins sous enseignes Franprix et Monop’ avant d’étendre leurs investissements à Picard et à Stokomani.
La famille exploitait 118 Franprix en juin 2026. Casino ne détaille pas ce nombre dans ses comptes publics. Ce parc explique toutefois pourquoi Moez-Alexandre Zouari est parfois présenté comme le propriétaire de Franprix : ses sociétés contrôlent des points de vente et des véhicules d’exploitation liés au réseau.
Pro Distribution illustre cette organisation. Franprix détenait 73% de cette société, qui exploitait environ 90 magasins, tandis que la famille Zouari en possédait 27% par l’intermédiaire de sa structure Imanes. Les deux partenaires ont annoncé, le 8 juin 2026, une nouvelle répartition de leurs participations.
Aux termes de l’accord, Franprix doit racheter les 27% détenus par Imanes et devenir l’unique actionnaire de Pro Distribution. Casino récupérerait ainsi l’intégralité du contrôle d’un ensemble d’environ 90 magasins.
Le groupe et la famille Zouari prévoient parallèlement de créer une société consacrée au développement de Franprix. Les Zouari en détiendraient environ 60% et Franprix 40%. Cette structure exploiterait une trentaine de magasins lors de son lancement, avant de pouvoir ouvrir ou acquérir d’autres points de vente.
Le rapprochement des deux périmètres donne la mesure du transfert. Franprix doit prendre seul le contrôle des quelque 90 magasins de Pro Distribution. La famille Zouari obtiendrait la majorité d’un véhicule réunissant initialement une trentaine d’adresses. La première opération consolide un parc existant dans les comptes de Franprix ; la seconde réserve aux Zouari un rôle dans les développements futurs.
Casino et la famille présentent l’accord comme un renforcement de leur partenariat destiné à accélérer leur croissance dans le commerce de proximité. Une autre lecture insiste sur la réduction du nombre de magasins placés dans la société que Moez-Alexandre Zouari contrôlera.
Ces interprétations s’appuient sur les mêmes mouvements capitalistiques. Casino récupère un ensemble trois fois plus important que le parc initialement confié au nouveau véhicule des Zouari. La famille demeure liée à l’expansion de l’enseigne et conserve la majorité dans cette future société.
L’accord restait en cours de réalisation au 22 septembre. Les parties l’ont soumis aux consultations des représentants du personnel et aux autorisations réglementaires requises, avec une finalisation visée avant la fin de 2026. Elles n’ont pas publié les montants prévus pour les transferts de participations.
La famille Zouari contrôle ainsi des sociétés qui exploitent des Franprix et participe au capital de véhicules liés au réseau. La propriété de la marque et le pouvoir de fixer les règles commerciales demeurent chez Casino.
De la famille Baud à Casino
Cette propriété résulte d’une acquisition étalée sur douze ans. Jean Baud a créé Franprix à Paris à la fin des années 1950 et développé un réseau de magasins alimentaires de quartier avec des commerçants indépendants. Cette origine explique la place ancienne de la franchise et de la location-gérance dans le modèle de l’enseigne.
Casino prend le contrôle de l’ensemble Franprix-Leader Price en 1997 en acquérant TLC Béatrice Holdings France, société qui portait les deux enseignes. Le Conseil de la concurrence examine l’opération dans un avis rendu en mai 1998.
La famille Baud conserve alors des participations minoritaires. Casino détient la majorité du capital et dirige l’ensemble avec les fondateurs jusqu’à leur conflit. En 2007, le groupe reprend la direction opérationnelle de Franprix et de Leader Price.
À lireDerrière Blédina, le contrôle total de DanoneLe 12 novembre 2009, Casino rachète les dernières participations de la famille Baud pour environ 428 millions d’euros. Le groupe réunit dès lors l’intégralité du capital des deux enseignes. Un tribunal arbitral lui imposera en 2011 de verser aux anciens actionnaires un complément de prix de 52 millions d’euros.
La chronologie sépare donc la prise de contrôle, intervenue en 1997, du rachat des dernières parts familiales, conclu en 2009. Casino a ensuite simplifié son organigramme. En 2022, le distributeur a regroupé ses principales activités françaises, dont Franprix, au sein d’une holding commune qu’il contrôlait intégralement.
France Retail Holdings a pris le pouvoir chez Casino deux ans plus tard sans déplacer Franprix hors du groupe. La nouvelle restructuration financière engagée en 2026 pourrait accroître encore le poids de cette holding.
De 53% à 66,8%
Le 21 septembre 2026, Casino a annoncé un accord de principe avec des investisseurs représentant environ 35% de la dette obligataire de Quatrim, sa filiale immobilière. Une obligation est un titre par lequel une entreprise emprunte auprès d’investisseurs et s’engage à les rembourser à une date déterminée. L’accord prévoit de reporter l’échéance des titres Quatrim de janvier 2028 à janvier 2029 et de rembourser 10 millions d’euros lors de la restructuration.
Ce volet prolonge les négociations ouvertes par Casino à la fin de 2025 pour traiter ses échéances financières, dont un prêt d’environ 1,4 milliard d’euros remboursable en mars 2027.
Deux groupes ont présenté des projets concurrents durant l’été 2026. Plusieurs prêteurs TLB, des investisseurs ayant accordé à Casino un prêt à long terme négociable, défendaient une solution qui aurait fortement dilué France Retail Holdings. La holding soutenait un plan préservant le contrôle de Daniel Křetínský et lui réservant l’essentiel des nouveaux apports en capital.
Le conseil d’administration de Casino a retenu le projet de FRH sous réserve d’un renforcement des garanties accordées aux prêteurs TLB et d’un accord sur les nouveaux financements bancaires. Les comités de crédit des banques ont accepté ces conditions en juillet ; le conseil les a approuvées le 23 juillet.
Le plan prévoit de convertir entre 610 millions et 685 millions d’euros de dette en actions. Il programme également des augmentations de capital de 550 millions d’euros, dont 495 millions d’euros versés en numéraire.
France Retail Holdings fournirait l’essentiel des fonds frais et porterait sa participation dans Casino à environ 66,8%. Les créanciers ayant converti leurs prêts en actions entreraient parallèlement au capital. Franprix conserverait sa place dans le groupe, sous une majorité renforcée de FRH.
Plusieurs étapes restent à franchir. Les classes de parties affectées, groupes dans lesquels les créanciers sont répartis selon la nature de leurs droits, doivent voter sur le projet avant son examen par le tribunal. Certains prêteurs TLB ont contesté la composition de ces classes. Le juge-commissaire a déclaré leur demande irrecevable le 17 août ; ils ont interjeté appel le 24 août.
L’accord avec les détenteurs d’obligations Quatrim conserve lui aussi un caractère préliminaire. Casino devait encore signer la documentation contractuelle et soumettre le projet aux créanciers concernés. Si ces opérations aboutissent, France Retail Holdings détiendra environ 66,8% du capital de Casino, contre 53,04% au 31 août 2026.
